Ouvrons les yeux

L’idée de faire un article sur ce sujet me trotte dans la tête depuis un long moment, et croyez moi j’en ai déjà fait d’autres choses : j’ai des gros projets en tête et en cours de réalisation.

Mais ce matin, en regardant une vidéo d’Elie Duquet (vous savez maintenant que j’apprécie énormément l’influence qu’elle peut avoir sur moi, vous pouvez retrouver un article à son sujet dans mes « girls power »).

J’ai un peu de mal à écrire, un peu de mal à trouver mes mots tant le sujet est sensible, presque inabordable.
Vous avez probablement entendu parler de la situation des migrants, tous réfugiés dans la jungle à Calais, tous prêts à risquer leur vie chaque jour pour rejoindre l’Angleterre.

N’oublions pas que les médias racontent ce qu’ils veulent uniquement, et que la réalité n’est vraiment pas reflétée. Il faut parcourir les rues de Calais chaque jours pour réaliser quelle est la misère qui y règne. Il faut attendre que la nuit tombe, pour voir un deuxième monde s’ouvrir sous nos yeux : un monde de violence, un monde de lutte.

Je ne suis pas ici pour discuter l’opinion des deux parties. On s’entend qu’il y a d’une part la colère des Calaisiens, et de l’autre la détresse des migrants.

Je suis au milieu de tout ça. Je ne suis ni en colère, ni en détresse. Je suis désemparée.

Chaque semaine je me rends dans une association où je suis bénévole, et j’aide les migrants (surtout des femmes) à apprendre à écrire et lire le français, pour pouvoir finalement s’intégrer un jour à notre société.
Et toutes les semaines, en revenant, je m’effondre. Je m’effondre parce qu’il y a trop d’émotions fortes en moi.
Parce que j’ai l’impression de ne pas donner grand chose de ma personne : j’apprends juste la langue française à des adultes qui en ont besoin. Mais j’entends de leur côté des choses incroyables. Ces personnes me disent que je change leur vie, que personne ne leur tend la main et que j’ose le faire.
Certains ne disent rien, se contentent de recopier des lignes de lettres. D’autres m’offrent un sourire, une accolade, une poignée de mains. Et d’autres encore, petit à petit, se confient. Me disent qu’ils ont du fuir leur pays parce que c’était la guerre, parce que les bombes explosaient. Certaines mères ont perdu leurs enfants, d’autres ont du les abandonner sur le voyage pour rejoindre l’Europe. Certains ne savent pas comment vont leur famille, d’autres viennent boire un café avec moi, et puis repartent dans le froid de la jungle, où ils connaissent crassent, faim, froid, solitude.

Alors oui, Calais c’est des viols, c’est des bagarres, c’est des coups de poings, c’est des harcèlement, c’est la crainte de sortir de chez soi quand on est une femme. Mais Calais c’est aussi une profonde tristesse, une profonde détresse. Calais c’est un besoin d’humanité, de mains tendus, de sourires.

On a tendance à oublier que notre vie est un bonheur. Tout comme vous j’ai des problèmes. J’ai un peu trop de poids, je finis difficilement le mois avec beaucoup d’argent, j’ai des difficultés en cours et je suis parfois un peu énervée parce que mes relations rencontrent des petites tensions.
Mais je n’ai pas perdu d’enfant à cause de la guerre, je n’ai pas à me cacher parce que je suis une femme, aucune bombe n’a jamais explosé devant chez moi, je ne dors pas dans la rue, je ne dois pas attendre une semaine avant de prendre une douche, mes parents ne sont pas sans nouvelles de moi depuis des mois.

Il faudrait lever les yeux, arrêter de se regarder de trop près et arrêter d’ignorer que dans le monde il y a de la misère en ce moment même.

Je suis en train de vous écrire, et en ce moment même des gens meurent dans la mer seulement parce qu’ils ont voulu atteindre une vie meilleure. A 5 km de chez moi des milliers de migrants sont entassés dans un endroit crasseux, dangereux et morose. La solitude règne dans les rues, la guerre a pris le dessus sur la paix.
Je me plains parce que mon ordinateur n’est plus très performant, je me plains parce que cette nuit j’ai attrapé froid, je me plains parce que je dois faire la vaisselle, je me plains parce que mon compte en banque est vide, je me plains parce que mes voisins font un peu trop de bruit.

Mais je suis dans mon lit qui est recouvert de 3 couvertures polaires, j’ai un pyjama 100% coton, je regarde des vidéos Youtube sur ma télé écran plat grâce à un réseau internet auquel j’ai accès H24, j’ai des kinder sur la table de chevet et mon portable qui est en charge. Suis-je malheureuse ? Est-ce que j’ai réellement le droit de me plaindre ?

Certainement que j’ai le droit de me plaindre, mais je n’ai pas le droit d’oublier qu’il y a pire. Je n’ai pas le droit de fermer les yeux sur le fait que certains ont une vie bien pire que la mienne, et que ces gens rêveraient d’être né à ma place. S’il vous plait, ouvrez les yeux. Prenez conscience. On dénigre toujours l’importance des mots, l’importance de la culture et des connaissances, mais oublier c’est réitérer. Il faut apprendre, il faut connaitre et il faut en parler pour que ce malheur se dilapide, pour que les gens commencent à réellement s’entraider.
Lisez des livres qui en parlent, regardez des vidéos, écoutez de la musique, allez voir des films au cinéma, allez dans des associations ou voir des expositions de photos pour vous renseigner sur les guerres dans le monde, les malheurs qui existent autour de nous en ce moment-même.

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